Monday, October 15, 2007

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Éducation artistique, encore un effort !
Ouest-France - Jean-Michel Djian - Professeur associé à l'université de Paris VIII.
Dans l'éducation, il est un secteur qui fait régulièrement l'objet d'annonces, d'intentions, de protocoles et de décrets : celui de l'art. Mais, malgré l'existence de la loi de 1988, l'éducation artistique à l'école reste le parent pauvre de l'acquisition des savoirs. Les crédits sont rares, les enseignants souvent découragés. Pire, la mise en oeuvre de projets pour les élèves est tellement réglementée qu'elle est devenue dissuasive.

C'est dans ce contexte que survient l'annonce faite par Xavier Darcos d'instituer un enseignement obligatoire d'histoire des arts « de la maternelle à la terminale ». Pourquoi pas en effet ? Mais dans le même temps le président de la République exige de sa ministre de la Culture, Christine Albanel, et de son ministre de l'Éducation de mettre en chantier un ambitieux programme, tendant à favoriser le « renouveau » des pratiques artistiques des élèves. Un chargé de mission a même été désigné à cet effet. Très bien. Mais tout cela n'est pas nouveau.

André Malraux, Jack Lang, Catherine Trautmann, François Bayrou, Jean Jacques Aillagon : ils sont légion à avoir tenté cette révolution et s'y être cassé les dents. Alors pourquoi, depuis plus d'un demi-siècle, la montagne accouche-t-elle d'une souris ? A-t-on analysé les causes de ces échecs répétés ? Non. Or, à l'évidence, il existe au sein du système éducatif un type de résistance qui condamne systématiquement l'art et la culture aux marges. Et si les collectivités locales ne mettaient pas la main au porte-monnaie, il y a belle lurette que les jeunes se contenteraient des cours académiques de dessin et de musique.

Même si des enseignants, en particulier de lettres, se battent individuellement pour permettre à des artistes d'intervenir en classe ou de participer aux activités des institutions culturelles subventionnées, l'obligation de résultats (scolaires) implique d'accorder aux disciplines « nobles », en particulier les maths et le français, une priorité absolue.

Il y a là une tradition très française, presque idéologique, à vouloir sans cesse renforcer le rationnel et l'abstrait, comme si la plupart des jeunes étaient condamnés à ne développer qu'un seul hémisphère du cerveau, celui qui cultive la logique.

Pourtant, et l'intérêt croissant des jeunes à se professionnaliser dans le domaine culturel le prouve, jamais notre société n'a eu autant besoin de libérer l'imagination, redécouvrir la sensibilité, cultiver l'interrogation. L'enseignement et la pratique artistiques participent plus que tout à les révéler. Si on veut, enfin, démocratiser l'accès à l'art (si cher et si élitiste), permettre de développer un esprit critique pour faire face à une offre télévisuelle dévoreuse de « cerveau disponible », il est grand temps de prendre la mesure des vertus de l'éducation artistique. On peut s'en plaindre ou s'en féliciter, mais le cinéma, la musique (les ados en consomment désormais plus de 4 h 30 par jour !) l'architecture ou la mode sont devenues notre pain quotidien.

Peut-on imaginer, demain, une société dans laquelle ses membres ne seraient que des consommateurs passifs de la création d'images et de sons ? Non. Alors, pour cette seule raison, donnons à l'école les moyens de former l'autre hémisphère de notre cerveau, et à nos enfants la possibilité, comme le dit Hölderlin, d'« habiter poétiquement la Terre »

article trouvé dans la catégorie éducation" sur http://inventerre.canalblog.com/ (il est très bien ce blog, allez voir!)

3 comments:

melle bille said...

merci Tidoigts.
C'est pas forcément gagné, mais il faut se battre pour ça. Et je suis bien certaine qu'à ton niveau, tu te bats pour deux!au moins!

madamedekeravel said...

C'est vrai qu'il y a des manques ! Mais c'est vrai aussi que grâce à la motivation de certains profs des choses se font.
Merci au prof de musique de ma fille l'année dernière (qui leur a fait écouter du ragtime, Django Reinhart et Schubert).
Merci à son prof de français cette année qui emmène les élèves au théâtre et à l'opéra (La classe a accès gratuitement à la générale de Madame Butterfly à l'opéra de Massy. On a de la chance, encore fallait-il la saisir !).
Et merci à Tidoigts ! (je n'ai pas d'enfants dans sa classe, mais je suis sûre que c'est super ;-)

madame musique said...

coucou les copines!
c'est peut-être çà justement le problème, c'est que jusqu'à maintenant, tout repose surtout sur la bonne volonté de l'enseignant. combien d'enfants n'auront pas la chance d'avoir un prof motivé et pas trop débordé par la discipline, à sortir les élèves de l'école et leur faire découvrir la culture autrement que dans leurs cours? moi je n'ai eu cette chance qu'en 5ème pour ma part, une prof qui avait monté un orchestre orff et nous avait emmenés en tournée comme des pros! les autres années, pas la peine d'en parler :-(
je pense toujours à elle quand je prépare un sujet. à l'avidité avec laquelle on attendait la prochaine leçon.
les commentaires et productions des enfants sont toujours passionnants à ce sujet.
il faut éviter de cloisonner l'enseignement en matières, en blocs, et créer des passerelles entre elles. beaucoup le font.
quant à la création collective, elle ne se fait que dans les arts, à l'école, il me semble. c'est socialisant et cela donne une assise personnelle, le sentiment de sa place dans la masse. ce n'est pas rien!